La BMW M5 secrète avec un moteur Volkswagen W10
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La BMW M5 secrète avec un moteur Volkswagen W10

Les constructeurs automobiles créent des prototypes étranges tout le temps. La plupart ne quittent jamais l’usine, et beaucoup sont détruits une fois les tests terminés. Quelques-uns survivent discrètement dans des réserves ou des collections privées. Mais de temps en temps, l’un d’eux s’échappe et devient une histoire digne d’être racontée.

C’est l’une de ces histoires. Au début des années 2000, des ingénieurs de Volkswagen ont créé un prototype unique qui semble presque trop étrange pour être vrai. Ils ont pris une BMW M5 et y ont installé un moteur W à dix cylindres sous le capot. Oui, une BMW M5 propulsée par Volkswagen.

Pendant des années, la voiture est restée dans le domaine des rumeurs. On en avait entendu parler, mais très peu l’avaient réellement vue. Finalement, le prototype est réapparu et a prouvé que l’histoire était vraie. Aujourd’hui, il reste l’une des expériences d’ingénierie les plus étranges de son époque.

Quand les ingénieurs Volkswagen n’avaient aucune limite

L’entreprise était dirigée par le légendaire Ferdinand Piëch, un homme connu pour pousser les ingénieurs bien au-delà de la norme. Piëch croyait que des projets d’ingénierie ambitieux pouvaient élever toute la marque. Sous sa direction, la société a expérimenté des idées vraiment inhabituelles.

C’était l’âge d’or des célèbres moteurs W de Volkswagen. Les ingénieurs ont développé les configurations W8, W12 et W16 qui ont ensuite équipé une gamme de véhicules du groupe Volkswagen. Ces moteurs étaient compacts mais extrêmement complexes. Ils représentaient le type d’expérimentation technique qui a défini l’ère Piëch.

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Images : GDM Motors

Le W8 est apparu dans la Volkswagen Passat W8, une berline de luxe étrange mais fascinante avec un moteur huit cylindres exceptionnellement compact. Elle était même équipée d’une boîte manuelle et d’un break. Le W12 a été intégré dans plusieurs modèles haut de gamme du groupe, notamment sur des plateformes de luxe. La version ultime de cette philosophie d’ingénierie est devenue le W16 utilisé dans la Bugatti Veyron. Ce moteur allait propulser l’une des hypercars les plus célèbres jamais construites.

Les ingénieurs Volkswagen n’expérimentaient pas seulement avec les moteurs W à cette époque. La société construisait aussi des SUV diesel avec d’énormes moteurs V10 et V12. Il y avait même un concept expérimental Audi R8 V12 TDI qui n’a jamais été produit. L’entreprise était prête à essayer presque tout si le défi technique semblait suffisamment intéressant.

Parmi ces expériences, il y en avait une encore plus rare. Les ingénieurs ont développé un moteur W10 qui n’a jamais été produit en série. Seuls quelques prototypes ont été construits, et le projet nécessitait une vraie voiture pour les tests. Cette décision a finalement conduit à l’un des véhicules d’essai les plus inhabituels jamais créés.

Pourquoi Volkswagen a utilisé une BMW M5

À l’époque, Volkswagen ne disposait pas d’une plateforme de berline performante adaptée aux tests de développement. Les ingénieurs voulaient évaluer le moteur W10 dans un environnement réel. Mais la société manquait d’un châssis capable d’offrir les performances attendues. Plutôt que d’en construire un de zéro, ils ont pris un raccourci.

Volkswagen a acheté une BMW M5 de troisième génération et l’a transformée en mule d’essai. Cela peut sembler étrange, mais ce choix avait parfaitement du sens d’un point de vue technique. La E39 M5 était largement reconnue pour son équilibre entre performance, tenue de route et durabilité. Elle était aussi considérée comme l’une des meilleures berlines sportives de son époque.

Le compartiment moteur offrait suffisamment d’espace pour accueillir le W10 expérimental. La configuration compacte du moteur en W facilitait son intégration par rapport à un V10 traditionnel. Les ingénieurs pouvaient installer le moteur sans repenser complètement la structure avant de la voiture. Cela a permis de gagner un temps de développement considérable.

Une autre raison était la dynamique de conduite de la voiture. La E39 M5 bénéficiait déjà d’un excellent réglage du châssis et de composants de suspension robustes. Les ingénieurs Volkswagen pouvaient se concentrer sur l’évaluation du moteur plutôt que de retravailler tout le véhicule. Le design discret de la voiture aidait aussi à garder le prototype confidentiel pendant les tests.

La boîte manuelle à six vitesses était un autre grand avantage. Les ingénieurs voulaient un contrôle total sur le comportement du moteur sous charge et accélération. Une boîte manuelle leur permettait de tester le moteur de manière plus directe. Elle rendait aussi la voiture plus agréable à conduire pendant le développement.

Un moteur expérimental fou

La véritable star du projet était le moteur W10 expérimental lui-même. Les rapports suggèrent que le moteur avait une cylindrée d’environ cinq litres. Il a été créé en combinant deux moteurs VR5 de 2,5 litres en une seule configuration en W. Contrairement à de nombreux moteurs VR de l’époque, ce prototype utilisait un bloc en aluminium moulé.

La configuration compacte était l’un des principaux avantages du design du moteur W. Elle permettait aux ingénieurs d’intégrer un moteur à dix cylindres dans un espace relativement réduit. C’est en partie la raison pour laquelle il pouvait tenir dans le compartiment moteur de la BMW. Le design était complexe mais étonnamment efficace en termes de taille.

La puissance était impressionnante pour l’époque. Sur un banc d’essai, le prototype développait environ 480 chevaux et 436 lb-pi de couple aux roues. En tenant compte des pertes de transmission, cela suggère environ 530 chevaux au vilebrequin. Ce chiffre rendait la voiture nettement plus puissante que la M5 E39 d’origine.

Pour comparaison, la M5 E39 d’origine utilisait un moteur V8 S62 de 4,9 litres développant 394 chevaux au vilebrequin. Plusieurs années plus tard, BMW a introduit la M5 équipée d’un moteur V10 S85 de 500 chevaux. Volkswagen avait en fait construit quelque chose de encore plus puissant avant que BMW n’atteigne ce jalon. C’était une démonstration impressionnante de ce que le concept W10 pouvait accomplir.

Une berline de luxe aux aspérités

Bien que le travail d’ingénierie semblait soigné, la voiture restait un prototype. Beaucoup des systèmes de confort et de sécurité normalement présents sur les véhicules de série manquaient. La voiture n’avait pas de contrôle de stabilité. Elle manquait aussi d’ABS et de contrôle de traction.

Cela signifiait que toute la puissance était envoyée directement aux roues arrière avec presque aucune assistance électronique. Pour les conducteurs expérimentés, cela pouvait sembler excitant. Pour les autres, cela rendait probablement la voiture extrêmement difficile à maîtriser. Avec plus de 500 chevaux disponibles, les dérapages pouvaient survenir rapidement.

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Images : GDM Motors

À l’intérieur de l’habitacle, le caractère expérimental de la voiture devenait encore plus évident. Le tableau de bord ressemblait plus à celui d’une voiture de course qu’à celui d’une berline de luxe. Plusieurs jauges supplémentaires étaient montées sur la console centrale pour surveiller les performances du moteur. Les ingénieurs utilisaient aussi un calculateur moteur autonome pour contrôler la transmission.

L’habitacle était loin d’être raffiné. Les rapports suggèrent que des vapeurs de carburant et d’échappement pouvaient parfois pénétrer dans la voiture. Ce n’était pas vraiment idéal pour une utilisation quotidienne. Mais le caractère mécanique brut rendait probablement l’expérience inoubliable.

La voiture personnelle de test de Ferdinand Piëch

Un des détails les plus intéressants à propos de ce prototype concerne qui l’a réellement conduite. Selon les rapports, Ferdinand Piëch lui-même a utilisé la voiture comme véhicule personnel quotidien pendant un certain temps. Officiellement, il testait le moteur pour évaluer ses performances en conditions réelles. Officieusement, il profitait probablement simplement de la conduite.

Piëch était connu pour être profondément impliqué dans les projets d’ingénierie du groupe Volkswagen. Il n’était pas du genre à rester enfermé dans un bureau toute la journée. Au contraire, il conduisait souvent des véhicules expérimentaux pour les évaluer personnellement. Cette approche pratique a contribué à façonner de nombreux projets célèbres.

Son influence sur le monde automobile a été immense. Il a joué un rôle majeur dans le développement des moteurs cinq cylindres d’Audi et a aidé à lancer le légendaire programme de rallye Audi Quattro. Plus tard, il a supervisé la poussée d’ingénierie qui a donné naissance à des véhicules comme la Bugatti Veyron. Conduire une M5 secrète propulsée par un W10 devait probablement ressembler à la voiture de société parfaite.

Le prototype qui refusait de disparaître

Pendant de nombreuses années, la M5 propulsée par le W10 n’était guère plus qu’une légende automobile. Les passionnés en avaient entendu parler, mais la voiture elle-même apparaissait rarement en public. Finalement, le prototype est réapparu et a attiré l’attention des médias automobiles. Un reportage détaillé a été réalisé par DriveTribe, qui a retrouvé la voiture et l’a documentée.

La voiture se trouvait en Belgique et appartenait à un collectionneur passionné par les moteurs W de Volkswagen. Le propriétaire possédait apparemment aussi l’un des autres blocs moteurs W10 connus. Cela rend la collection incroyablement rare en termes automobiles. Très peu d’exemplaires de ce moteur sont censés exister.

Cette voiture représente un chapitre oublié de l’ingénierie expérimentale. C’est un véhicule d’essai unique issu d’une des périodes les plus ambitieuses de l’histoire automobile moderne. Une BMW M5 propulsée par Volkswagen avec un moteur W à dix cylindres est exactement le genre d’idée étrange qui n’aurait pu voir le jour que durant l’ère Piëch.

Et c’est précisément pour cela que les passionnés la trouvent encore fascinante aujourd’hui.

Author Info
John Caruso

Freelance automotive writer and former founder of a monthly car magazine. Fanatic for modern classic German sports sedans. Obsessed with the Porsche 911.